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Pourtant, il y a quelques années, j’ai passé un certain temps à en répertorier les étagères. Celles du salon ; celles de ma chambre ; celles du bureau ; celles de la cuisine ; celles de l’entrée. Elles avaient toutes un numéro, une place dans l’espace, et des pages et des pages de nomenclature alphabétique, numérique, sympathique. Im-pe-ccable. Suffisait de me dire « Vialatte » pour qu’illico presto je sorte de son antre « C’est ainsi qu’Allah est grand » ou bien encore « Vian » pour que je fasse défiler devant vos yeux ébahis l’œuvre complète de Vernon Sullivan. Auteurs anglais, italiens, chinois, russes, espagnols, français… et autres se côtoyaient en harmonie parfaite sans jamais se mélanger la feuille. Romans, essais, poésie, érotisme, théâtre, science fiction, philosophie, policier ... et autres s'entendaient à merveille avec les babioles ornant le pourtour de leur domaine.
Seulement voilà, au fil des mois j’ai acheté de nouveaux ouvrages. J’ai confectionné un nombre impressionnant d’albums photo qu’il a bien fallu caser. J’ai également pensé que tel gradin, telle rangée ne me donnaient pas satisfaction. Et tout s’est trouvé bouleversé, chamboulé, changé d’étage, voire changé de lieu. Pire même, des cartons de livres s’empilent ici et là, et désormais, je ne sais plus où j’en suis.
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