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Du Hard ou du Cochon Blanc d'Oubli Hôpital Lacan – Long séjour – mardi Chassez le chat, j’vous en prie. Il s’est faufilé dans ma chambre, traîtreusement pendant que je regardais pas. Même vous, il vous a trompé. Vous l’avez pas remarqué non plus, hein ? J’sais pas d’où il vient. Il est pas à moi. J’aime pas les chats. Il vadrouille partout la nuit. Peut-être même va-t-il fourrer ses grosses babouines écarlate dans la nourriture, à la cuisine. Chassez-le, s’il vous plaît ! Je leur ai dit de fermer la porte d’entrée. Les chats rôdent. Ils font un bruit d’enfer. J’en ai compté douze. Pas moins. Dont cet énorme matou violine aux yeux de jade obscur. Il s’assoit au pied de mon lit. Il me regarde dormir. Si j’ferme un œil, il va m’étouffer. Alors je reste éveillée. Je veille. Oreilles aux aguets. Lucidité en suspens. Chat perché ! Chat fourré ? Langue au chat !
Je vais l’écrire dans mon journal… … points de suspension…??? points d’interrogation ??? - alors madame Zeimer, on écrit ? Vous écrivez à qui ? A votre amoureux ? Il s’appelle comment ? La gamine, jolie, jolie, qui remet des draps frais à mon lit, laisse une phrase en suspens. On l’appelle plus loin. Elle va. Elle vogue, dans sa blouse impalpable, me laissant en attente. Elle ne connaît pas l’importance des points de suspension. Ces petits points là cachent bien des mystères… bien des suppositions… ils sont la brèche ouverte sur tant d’aventures suggérées. Comme une mélodie insidieuse qui se faufile. - Anne-Laure ? Elle a tellement changé… Derrière ces suspensions s’introduisent les questions, le doute, la suspicion. Lolotte n’est plus la même. Anne-Laure a changé ! Comment ? Dedans ? Dehors ? Exprès ? Ou contre son gré ? A-t-elle changé seulement de maison, de métier, d’homme ? Ou bien a-t-elle changé spirituellement ? Moralement ? Intellectuellement ? Amoureusement ? Les points d’interrogation sont muets. Les points de suspension ne disent rien. Ils laissent en suspension, en interrogation. A chacun d’écrire ou de chanter la suite. - Il est passé par ici, - Allez, allez, madame Zeimer, chantez aussi. Chanter. Je chante, tu chantes, nous chantons. Debout, dans le chœur de l’église, face aux habitants de ce village perdu, nous chantons. La représentation lecture, spectacle loufoque, tire à sa fin. Cravates burlesques, chapeaux rigolos, en enfilade nous gambadons. Tu es au premier rang, appareil photo à la main. Feu follet affolant, tu sautes ici, tu reviens là. Nos regards parfois se croisent, juste l’espace d’un instant. Le temps d’un frisson. Le temps d’un flash.
- Il est cinq heures, Paris s’éveille Derrière, le violon s’emballe, le piano musarde. Salut. Fous rires. Applaudissements. Bis. Encore ? C’est reparti. Plus fort, plus drôle. - tirelittt… tirelitt… tirelitt…. Je ris, tu ris, nous rions. Pot de remerciements. Apéritif, digestif d’après spectacle. Nous trinquons. Tu t’es approché de moi qui bois en réticence. Le champagne de campagne donne mal à l’estomac. Mais comment refuser ce verre de l’amitié, sans paraître grossier ? Tu frôles mon épaule nue. Frissons. Annonce d’un moment de plaisir. Embarrassés, je ris, tu ris, nous rions. Pourquoi rions-nous ? Pourquoi riez-vous ? Ai-je dit une sottise ? Pourquoi le rire a-t-il déserté mon espace ? Le rire n’est-il que jeunesse ? Que promesse ? Le rire n’est-il que souvenir ? - Les souvenirs sont importuns, importuns et importants – fredonne Radio Bleue. J’aime la voix. C’est Jeanne Moreau. J’connais toutes ses envolées. Nostalgie grinçante qui me va bien. Je n’ai pas son talent, bien sûr, mais j’obtiens un certain succès à chaque fois que je chantonne le tourbillon d’la vie. Tourbillon qui m’entraîne, comme un Petit Poucet, à la recherche des souvenirs disséminés sur le chemin d’la vie. Importuns ou importants, qu’importe. Seulement voilà, des miettes que j’ai semées il reste peu de choses. Quel oiseau de mauvais augure en a picoré la moitié ? Alors je me contente du peu sans demander mon reste. Ses souvenirs là sont-ils les plus importants ? Qui peut le dire. Leurs souvenirs à eux ne sont pas les miens. Et les miens n’ont rien à voir avec les leurs. Ce sont pourtant les mêmes. Pourquoi, les souvenirs ne s’inscrivent-ils pas sur un parchemin au fur et à mesure ? Ils auraient alors le mérite de n’être pas contestables. Pas contestés.
On les retrouverait pliés, rangés, répertoriés dans un tiroir. On les sortirait lors des grandes occasions. Léger coup de plumeau coquetterie.Ils ne seraient plus flous. On les partagerait, à l’apéritif, au dessert. On organiserait des soirées à thème d’où les disputes seraient bannies puisque les images seraient incontestables. Plus de musique ? Extinction des feux. Sûrement. Les chats miaulent. Sarabande. Encore.
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