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<< Retour à la rubrique du Hard ou du cochon Contenu du 29-06-2008 Du Hard ou du Cochon Whisky d'Enfer - Chapitre 2 J’aurais pu choisir un hôtel plus raffiné et confortable, tel le Sherman ou le Métropole, mais je m’étais installé, dès mon retour, dans un secteur où j’étais certain de ne rencontrer aucune de mes connaissances. A l’abri dans le quartier irlandais, fief d’O’Bannion, je ne craignais pas que les hommes de Johnny Torrio, ou de mon patron, le respectable Don Pasquale, viennent se fourvoyer et, étant données mes origines, j’y passais inaperçu. La chambre était petite et d’une propreté douteuse. De grandes traînées noirâtres se perdaient en arabesques sur la peinture craquelée des murs qui avait dû connaître des jours meilleurs ; des rideaux au velours marron râpé masquaient difficilement les clignotement de la ruelle ; on avait camouflé le coin lavabo derrière un paravent pseudo japonais aux couleurs fanées. Un dragon passé s’y pavanait sous les branches de cerisiers – ou de pommiers – en fleurs. Des espèces de vasques en pâte de verre distillaient une lumière diffuse. Le premier soir, rompu par les événements, heureux de retrouver la civilisation, je m’étais écroulé sur le lit et j’avais dormi d’une seule traite jusqu’au lendemain. Mais aujourd’hui, je trouvais cette couche encore plus lasse que moi et, comme je n’avais pas sommeil, j’allumais une cigarette. Allongé sur l’infâme divan, je restais ainsi un moment à envoyer des ronds de fumée, l’esprit vide. J’avais reculé au maximum l’instant pénible des retrouvailles avec mon boss. Mais demain, il faudrait bien que je m’y soumette. Comment lui annoncer le fiasco de ma mission ? Comment lui expliquer le cauchemar ? Il m’était déjà difficile d’ordonner mes pensées, de voir clair dans cet imbroglio. Mon histoire était tellement fantastique, tellement invraisemblable, qu’il ne me croirait jamais. D’un bond, je fus sur pied. J’écrasais mon mégot dans le cendrier en fer blanc qui trônait sur la table de nuit, à côté d’une bible et d’une lampe de chevet qui ne fonctionnait pas. Après avoir plusieurs fois arpenté la chambre – huit pas dans un sens, sept dans l’autre – je m’assis lourdement sur l’unique chaise qui s’y trouvait et fouillais dans la tiroir de la table-bureau. Contre toute attente, j’y trouvais quelques feuilles de papier blanc et deux enveloppes à l’entête pompeux de l’hôtel Silver Moutain. Je sortis le superbe stylo Parker, à plume d’or que m’avait offert Suzy à Noël dernier. Elle me considérait comme un intellectuel parce que je connaissais le latin et que mon père m’avait enseigné les évangiles afin de faire de moi un pasteur. Aussi, me gratifiait-elle souvent de présents chics. Le stylo n’avait encore jamais servi. Je ne savais pas très bien par où commencer et je dus un instant faire un retour sur les événements de ces derniers mois. Je demeurais songeur, les yeux vagues. Tout avait débuté en février dernier…. Non, en fait si le dix-huitième amendement n’était entré en vigueur le dix sept janvier mil neuf cent vingt, je n’aurais pas connu cette hallucinante aventure. Peut-être même, serais-je resté dans mon bled de Virginie à crever de faim. Mon frère Peter, qui bourlinguait depuis bientôt dix ans, m’ayant trouvé une place de chauffeur auprès de son patron, m’avait fait sortir de mon patelin. Il avait payé le billet de train et j’avais débarqué à Blue Island, en septembre mil neuf cent vingt, riche de la veste du pasteur, d’un de ces vieux pantalons que ma mère avait retaillé et d’une casquette neuve que ses employeurs lui avaient donnée. Tante Prudence m’avait glissé, discrètement, dans la main un billet de cinq dollars, ainsi qu’une médaille de Saint Patrick pour me protéger.
Je m’étais vite aperçu que les activités de mon boss n’étaient pas de celles qu’on déclare au fisc. Mais il payait bien, c’était un homme régulier, soucieux de ses hommes et le roi des bootleggers3 de la place, fort apprécié pour son sérieux et la qualité de la marchandise qu’il livrait. Il m’avait pris en amitié, car très cultivé et fort mieux, il aimait à discuter des Saintes Ecritures. Les torpedoes4 parlant latin ne couraient pas les rues. Rapidement, de chauffeur j’étais devenu un de ces hommes de confiance et c’est à ce titre qu’il m’avait choisi pour cette mission délicate. C’est que je n’étais pas un vulgaire gunman5. Je traitais des affaires. J’accompagnais Don Pasquale dans ses déplacements confidentiels. J’étais l’un des rares à être admis chez lui, dans sa villa dont les jardins donnaient sur Lincoln Park. Mais je ne regardais pas à mettre la main au révolver dans les cas épineux. Au début cela me répugnait. Puis, j’avais très vite compris que si je voulais être respecté, porter des costumes à deux cents dollars, coucher avec des filles de rêves à cinq dollars de l’heure, je n’avais pas d’autres moyens. Durant sa vie d’errance, mon père avait toujours était digne, attentif aux lois et aux commandements, mais pauvre. A sa mort, nous avions connu la misère. Ma mère s’était placée comme cuisinière dans une plantation. Humiliée, exploitée, elle s’usait la santé pour quelques cents et le droit d’emporter les restes si ses patrons n’en voulaient plus. A cinquante cinq ans, elle en paraissait soixante dix. Je faisais peut-être un boulot peu reluisant, mais j’étais un monsieur craint, admiré et joyeux souvent. Puis c’est comme dans n’importe quel travail, ce n’est que la première fois qui compte ! Oui, en vérité, tout a commencé au printemps mil neuf cent vingt deux, quand Chicago la dépravée, Chicago la capitale du bootlegging6, Chicago la corrompue, prise de remords, s’est choisie comme premier magistrat un sec7, l’honorable William E. Dever. Dès son élection à la mairie, il s’est empressé de fermer les bars clandestins, les distilleries. Il a saisi les entrepôts. Il a démantelé tout ce qui pouvait l’être. Bref, par cette action, il espérait guérir la ville de ses turpitudes et de son vice. Don Pasquale fournissant les plupart des bandes rivales, s’est trouvé submergé de commandes supplémentaires, car évidemment les speakeasies qu’on fermait, rouvraient ailleurs, tandis que les installations et les stocks détruits ne se reconstituaient pas immédiatement. Il dut se procurer plus d’alcool, surtout au Canada. Un trafic incessant de bateaux sur le lac, de camions sur les routes, s’établit dès avril mil neuf cent vingt deux. Cependant, l’hiver précoce et rude qui s’abattit sur la région, nous causa de nombreux problèmes. Les routes enneigées étaient souvent difficiles et, à maintes reprises, des cargaisons s’étaient évaporées, pour de multiples raisons. Nous avions retrouvé la destination de plusieurs d’entre elles, arraisonnées par les fédéraux, accidentées, coincées quelque part ; mais trois « disparitions » étaient demeurées mystérieuses, inexpliquées. Le boss n’était pas homme à se laisser berner et puis, dans ce métier, on a intérêt à montrer qui est le patron. Aussi m’avait-il chargé d’enquêter discrètement sur le devenir des camions escamotés et, éventuellement, de résoudre définitivement la question. Je devais faire équipe avec Gino Salvatori, un wop8 ue je ne prisais guère, car Andy, mon habituel co-équipier, avait reçu une balle dans la cuisse, la semaine précédente, alors qu’il donnait un coup de main à la famille Capone. C’était la première fois que je travaillais sans lui et je me sentais un peu orphelin. Andy était bien plus qu’un partenaire de boulot. Je le considérais comme mon pote. Mon plus cher copain.
3) bootleggers : trafiquants d'alcool
Contenu du 12-05-2008 Du hard ou du Cochon Puisque notre pièce à ordures est terminée, je vous invite à suivre les mésaventures obscures et fantastiques d'un drôle de paroisien. Plongeons ensemble, si vous le voulez bien, dans le Michigan de la prohibition. A nous Chicago, Milwaukee, Marshfield....
Sur Madison Avenue, les badauds se bousculaient, riaient, devisaient gaiement. Malgré l’heure tardive et le froid qui commençait à tomber, l’éclat des boutiques encore ouvertes m’interpellait de leurs vitrines alléchantes. Je remontais le col de mon pardessus en frissonnant et allongeais le pas. Je n’avais pas envie de rentrer tout de suite à l’hôtel. J’avais besoin de cette chaleur humaine, du grouillement de la foule, du clinquant des lumières. J’avais besoin de me mêler aux vivants. Presque au bout de la rue, je pris à gauche sur Michigan Avenue. C’était une des artères cossues de Chicago. D’imposants gratte-ciels s’y dressaient, fiers et conquérants. Les plus fastueux hôtels s’y étaient installés, les hommes d’affaires et les banques s’y pressaient et la crème des speakeasies1 s’y était ouverte, avec la bénédiction des autorités locales. Sous le couvert de somptueux music-halls où les filles affriolantes des Ziegleld Folies levaient la jambe avec conscience, où les plus grandes cantatrices poussaient de la voix, où les rois du bel canto se produisaient, on y servait le meilleur alcool du comté de Cook. Le plus cher aussi. De luxueux tripots y occupaient l’étage et les hommes politiques côtoyaient les gangsters notoires dans la gaieté et l’insouciance. On avait bien du mal, parfois, à la différencier. J’y avais souvent croisé Bill Robinson, Joë Frisco et même Eva Tangay, venus s’encanailler et boire autre chose que l’eau bénite agréée par le Women’s Christian Temperance Union2. Dans ces lieux choisis on ne risquait pas de se faire pincer par une descente inopinée de police comme South Street. Mais je n’avais nullement l’intention de pénétrer, même pour quelques minutes, dans l’un de ces endroits. J’y connaissais beaucoup trop de monde. Je désirais être en paix encore un peu. Respirer, seulement respirer. Me sentir exister. Demain, oui demain, j’irai le voir. J’expliquerai. Mais pour ce soir, je voulais marcher dans la ville, me saturer les yeux d’illuminations dans la nuit, m’emplir les narines de l’odeur de l’asphalte, des relents de pourritures de la rue, me saouler de l’écho de la populace, de son rire, de sa frivolité. Je m’engouffrais à droite, dans une petite voie plus sombre qui menait vers le port. J’aurais pu traîner sur Lake Shore Drive, le quartier huppé et rendre visite à Suzy qui travaillait dans le bordel le plus prisé de ces messieurs de la haute. Mais là encore, j’étais trop connu et il ne se passerait pas une heure avant que mon patron soit au courant de mon retour. Pourtant, Bon Dieu, comme j’aspirais à la revoir. Sentir sous mes doigts le satin de sa peau blanche, enfouir mon visage dans sa chevelure rousse, renifler ses fragrances, m’engloutir dans son corps. Suzy sentait le bonbon anglais et c’était vraiment la plus chouette poupée de la ville, douce, tendre et terriblement amoureuse. L’image de cette beauté m’étouffa un instant et je dus m’agripper au parapet pour ne pas défaillir. Un vent humide et aigrelet venant du nord me ramena à la réalité. L’immensité glauque du lac Michigan s’étendait à perte de vue. Les cargos au mouillage dansaient sur les vagues qui venaient se briser contre la jetée. Sur les quais, dans la lueur verdâtre des réverbères, une foule laborieuse s’activait. On chargeait et déchargeait les navires, et vus ainsi de loin, les dockers qui se pressaient, ressemblaient à de diligentes fourmis géantes se hâtant sous les ordres. On se bousculait presque et des camions, des chevaux tirant des chariots plats se faufilaient dans cette masse mouvante. Une forte puanteur de machinerie, d’eau croupie, de goudron et de vase chavirait l’estomac.
A mon arrivée à Chicago, trois ans auparavant, mon frère Peter m’avait fait visiter les quais, les entrepôts, un bateau même. Je n’avais pas aimé. C’était trop bruyant, trop malodorant, trop cosmopolite. Débarquant d’un bled de Virginie où notre père avait été pasteur avant de succomber sous les balles d’un cinglé du KKK, j’avais la nostalgie des champs de tabac, tout comme mon paternel avait gardé au cœur le souvenir des landes irlandaises de son enfance. Mais aujourd’hui, je trouvais cette fourmilière, ces remugles et la rumeur accueillants, bienfaisants. Dire qu’il n’avait fallu que deux mois à peine pour me changer ainsi. Deux mois, deux mois seulement que j’étais parti. J’avais l’impression d’avoir vécu un siècle durant ce court laps de temps. Grelottant de froid, j’abandonnais à regret l’animation du port et regagnais mon hôtel. 1) speakeasies : bars clandestins Extrait de "Les Rugissantes années" - Gil et Olivier Melison (éditions Dominique Guéniot)
Contenu du 07-04-2008 Du hard ou du cochon Dernier tableau de notre tragi-comédie à ordures et à humour
Musique « métal » tonitruante. Hambourgeois l’Obtus : j’ai bien cru qu’on allait prendre racine. Pappagallo le Sage : tu te laisses abuser par les faux-semblants. Les à priori ne sont pas parole d’évangile. Il faut s’en méfier. Je te l’ai déjà dit, marche avec ta tête. (silence) Tiens, au fait ça fait un moment que je ne t’ai pas entendu parler de tes pieds ? Tu les oublies ? Ils s'acclimatent ? C’est extraordinaire, comme l’être humain s’habitue à toutes les situations. Pareil avec les ordures au fond. Hambourgeois l’Obtus : je ne vois pas ce que les ordures viennent faire avec mes pieds. Vous avez souvent de drôles de raccourcis. J’ai du mal à vous suivre. Si c’est ça la philosophie, je suis bien aise de ne pas être philosophe. Au moins je me comprends. Pappagallo le Sage : tes pieds et les ordures, même combat ! Amusant, très amusant. Tu es parfois assez drôle. Un vrai comique. Je n’ai jamais prétendu que tes pieds étaient en relation avec les poubelles. J’imaginais seulement la facilité avec laquelle tout être humain accepte les situations. Toi, tu grognes, tu souffres, tu te plains, mais tu marches, tu avances, tu me suivrais au bout de la planète si j’allais au bout de la planète. Mes concitoyens entendent les cris d’alarme, captent les messages, remarquent les dégradations, mais ils contournent, ils ferment les yeux et les oreilles, ils s’imaginent que je catastrophise pour le plaisir, ou parce que l’âge m’a rendu sénile. Ils abandonnent le problème à leur descendance, ils ne se sentent pas concernés. Après moi le déluge, semblent-ils penser. Hambourgeois l’Obtus (secouant la tête) : je crois que vous vous trompez. Ce n’est pas ça, non, ce n’est pas ça. C’est autre chose. Tiens, si nous demandions à ces gens, (il montre du doigt la salle) là, qui sont assis à nous regarder ? Ils ont sûrement une opinion. Papagallo descend dans le public et passant très rapidement d’un spectateur à un autre pose des questions. Selon la réponse, Hambourgeois, resté sur scène, s’écrit « perdu, à la benne » ou « gagné, au recyclage ». Trois questions au plus, nécessitant trois réponses, pas plus. Collecte sélective pourquoi ? Avec la collecte sélective les habitants ont le sentiment de pouvoir agir pour leur environnement. C’est un facteur de motivation fondamental. Pourquoi met-on en place la collecte sélective ? La collecte sélective permet de réduire la part des déchets à incinérer, ou à mettre en décharge, donc de diminuer les nuisances environnementales et de stopper le gaspillages des matières premières. Savez-vous combien chaque habitant de ce pays génère de déchets ménagers ? 365 kg/habitant/an en 1998 Pourquoi on n’utilise-t-on pas le système de la consigne ? Pour des raisons économiques et pratiques Pourquoi utilise-t-on des bennes d’ordures ménagères pour collecter les déchets à recycler ? Le coût d’un camion-benne est élevé, donc le camion servant déjà aux ordures ménagères est utilisé pour la collecte sélective. Il est soigneusement nettoyé après chaque utilisation. A quoi sert une déchetterie ? C’est le lieu de dépôts des déchets occasionnels et volumineux qui ne peuvent être collectés dans le cadre du ramassage habituel. Il est ouvert au public, clos et gardienné, équipé de grandes bennes et parfois d’équipements spécifiques qui reçoivent les produits toxiques. Quel traitement subissent les emballages à recycler ? Les emballages sont apportés dans des centres de tri où des trieurs professionnels les séparent plus finement, matériau par matériau. Et que deviennent-ils, une fois triés ? Ils sont conditionnés sous forme de balles et transportés chez des industriels recycleurs. Et que deviennent-ils chez ces recycleurs ? Ils sont transformés et entrent dans la composition de nouveaux objets. Savez-vous lesquels ? Acier = automobile, mobilier, électro-ménager… Aluminium = pièces moulées pour les carters de moteurs, lampadaires de jardin, radiateurs… Briques alimentaires = papier sanitaire et domestique, nappe en papier, papier cadeau… Papiers et cartons d’emballages = fabrication d’emballages en papier-carton.... Les trois types de plastiques = tubes tuyaux, contreforts de chaussures, revêtements de sol, fibres synthétiques (anoraks) ou en flacons opaques non alimentaires.... Verre = les bouteilles en verre sont fabriquées pour moitié avec du verre récupéré. Ozone : ô ! rage, ô ! désespoir, n’ai-je donc tant vécu que pour cette infamie ? Et ne suis-je restée toujours aussi coquette que pour voir aujourd’hui démolir mes conquêtes ? Et pourquoi m’acharner à souffrir tant de peine, pour que tous mes exploits finissent à la benne. Pappagallo (qui se précipite) : mademoiselle, mademoiselle, pourquoi tant de chagrin ? Quel est ce désespoir ? Ils la font asseoir sur une des poubelles, et s’installent de chaque côté, très libidineux. Hambourgeois l’Obtus : mademoiselle, mademoiselle, ne pleurez pas ainsi. Nous pouvons peut-être vous aider ? (il glisse son bras autour des épaules d’Ozone. Celle-ci sanglote de plus belle.) Pappagallo le Sage : comment peut-on avoir un tel chagrin ? Une si aimable personne. Allons, allons, séchez vos larmes. Ozone renifle en se tournant vers Pappagallo. Pappagallo le Sage (s’adressant à Hambourgeois) : fais quelque chose pour la demoiselle. Allons, allons, remue-toi. Hambourgeois farfouille dans un des sacs, sort un immense mouchoir et mouche Ozone. Pappagallo le Sage (bêtifiant) : voilà, voilà, voilà. Ca va mieux ? On n’a plus de gros chagrin ? (elle se remet à pleurer de plus belle). Ta… ta… ta… arrêtez de pleurer comme ça. Vous allez dégrader votre maquillage (à ces mots elle pleure encore plus fort). Mais qu’est-ce que j’ai dit ? Ozone (braillant et hoquetant de plus en plus) : ahahahahah… maquillage… ahahahaha… maquillage…. Pappagallo le Sage (s’éloignant excédé) : bon. Débrouille t’en. Je n’ai jamais su parler aux femmes.
Hambourgeois l’Obtus (très paternel et tripotant un peu Ozone) : allons, allons, ma poulette paradisiaque ! Reprenons à zéro. Votre peine est immense (elle secoue affirmativement la tête). Une peine pareille ne peut être engendrée que par une catastrophe (elle secoue encore affirmativement la tête). Une catastrophe… une catastrophe. ?.. une catastrophe amoureuse (elle secoue négativement la tête). Ah ! pas une catastrophe amoureuse. Il est vrai que jolie comme vous êtes, tous les garçons doivent vous tourner autour. Une catastrophe… une catastrophe ? (il se met à chantonner et à danser autour d’elle) : Catastrophe, catastrophe, tout n’est que catastrophe (plusieurs fois) Ozone (cessant d’un coup de brailler, se levant et arpentant le devant de la scène comme un mannequin) : pendant tous ces millénaires, j’ai pris soin de moi. Je me suis astreinte à tous les régimes, à toutes les gymnastiques, à toutes les contraintes. Verdure, oxygène, et un, et deux, et trois (elle exécute quelques mouvements de gym). Forêts, océans, pluies et brouillards, et un, et deux, et trois (de nouveau quelques mouvements). J’ai tout absorbé, tout tenté. J’ai regardé la lune dans les yeux. Je me suis baignée dans ses rayons. J’ai testé le soleil. Je me suis laissée embraser par lui. J’ai accepté tous les élixirs, tous les filtres pour conserver l’éternelle jeunesse. Et je n’ai pas écouté les goujats qui me lançaient parfois « tu en tiens une sacrée couche… Ozone ! ». (reprenant son souffle) Et chaque jour, j’interrogeais mon miroir magique : « miroir magique, miroir magique, dis-moi quelle est la plus belle face de la terre ? ». Imperturbablement ce dernier me répondait « mais toi Ozone, toi. Tu le sais bien. » et aujourd’hui… aujourd’hui… (elle se remet à sangloter) Hambourgeois l’Obtus (complètement subjugué) : aujourd’hui ? Aujourd’hui ? Aujourd’hui, quoi ma cocotte des vide-ordures ? Le miroir magique est cassé ? Il vous a répondu que vous étiez moche ? Il ment. Ne le croyez pas. Ne l’écoutez pas. Ozone (reniflant à nouveau) : il ne m’a rien répondu du tout. Il est resté muet devant l’étendue des dégâts. Mais, moi j’ai vu. J’ai vu. Hambourgeois l’Obtus : vous avez vu quoi ? Ozone : j’ai vu les lézardes. (elle se met à chanter) J’ai l’rimmel qui fout l’camp, c’est le dégel des glaciers. Hambourgeois l’Obtus (de plus en plus gaga) : moi, je vous trouve très bien. Ozone (coquette) : ah ! si vous m’aviez connue avant. Quand je venais d’avoir dix-sept ans.je venais d’avoir dix-sept ans, j’étais jolie comme une enfant, comme un poème. Si vous m’aviez connue alors, mon teint de rose, tous mes trésors, ma séduisance. J’avais de l’or dans les cheveux, un peu plus de bleu sur les yeux. Ca vous fait rire.... Hambourgeois l’Obtus (vraiment de plus en plus gaga) : mais non, mais non, je ne ris pas. Vous êtes toujours très séduisante. Même sans vos cheveux… enfin, j’veux dire même avec moins de bleu sur les yeux. Ozone (lui tapant sur les doigts) : oh ! flatteur. Flatteur. Autrefois j’étais extraordinaire. Je possédais des courbes parfaites et je filtrais amoureusement les rayons ultraviolets du soleil. Aucun reproche dans mon travail. Jamais. Mince bande de la stratosphère, je flottais au-dessus de la terre, légère, aérienne. Pas un gramme de trop, pas un cheveu en désordre, pas un détail de travers. Toujours impeccable, sans défaut, exemplaire. Mais qu’ont-ils fait de moi ? Hambourgeois l’Obtus (sortant précipitamment le mouchoir) : non, non, ne pleurez pas. Ne pleurez plus. Sûrement qu’on peut faire quelque chose pour vous. Mon ami est philosophe, il va trouver une solution. Ca sert à ça, non, un philosophe ? (il regarde partout. Pappagallo a disparu). Evidemment, comme tous les beaux parleurs, il n’est jamais là quand on a besoin de lui. Mais il va revenir. Ozone : ils m’ont abîmée, saccagée. Regardez.(il se penche sur elle) Regardez-moi mieux. Mon maquillage fiche le camp. Je me ridule de partout. Je dégringole. Je n’ai plus bonne mine… J’ai des trous… Ce sont les gaz. (Hambourgeois paraît sceptique). Mais oui, mais oui, les gaz. Les C.F.C, les acides nitriques, les bromes, les gaz carboniques. Ils se sont ligués contre moi et personne ne proteste. Quand ils s’échappent dans l’atmosphère, ils se décomposent et provoquent ma transformation chimique, clinique, physique, nique, nique. Déjà là, je suis affreuse. Et à long terme, que vais-je devenir ? (elle se remet à pleurer. Hambourgeois est catastrophé. Il se met à pleurer aussi) Pappagallo le Sage (ré-apparaissant) : qu’est-ce que c’est que ce déluge ? Vous tenez absolument à provoquer le débordement des océans ? Hambourgeois l’Obtus (qui renifle, se mouche, larmoie) : c’est épouvantable. C’est épouvantable. La planète est foutue.
Ils se remettent en route dans l’autre sens, décidés à rentrer chez eux. Musique tonitruante. Salut final. Reprise en chœur du « Trier, trier tous les déchets »
Contenu du 10-03-2008
Du hard ou du cochon Troisième tableau de cette fresque à ordures, divertissante et cependant pédagogique.
Un couple bavarde fort en entrant de l’autre côté. Ils ont des gants en caoutchouc aux mains. Dimiltri inspecte très précieusement les éco-bacs. Plizounette trie et rouspète.Plizounette : mais nous n’y arriverons jamais. Non, non, c’est impossible. Enfin j’veux dire, depuis le temps que ça dure. Dimiltri : mais si, mais si, c’est absolument clairissime, transparent. Si vous n’y croyez pas, comment pensez-vous convaincre ? Plizounette : j’les connais tu sais. Tu n’imagines pas ce que je trouve dans les poubelles de ma cité… Dimiltri : j’imaginationne, j’imaginationne. Que croyez-vous que je trouve, moi, lorsque j’effectue mes tournées ? Le suivi de la qualité de cette formidable collecte sélective, c’est parfois la cour des miracles. Ils n’ont pas l’habitude, mais ça viendra. La marche vers une planète cristalline est en route. Rien ne l’arrêtera. Plizounette (soulevant des couvercles, ouvrant des sacs) : quelle honte. Mais quelle honte. Il faudrait que les ordures soient équipées d’un réactif qui afficherait le nom, l’adresse, le numéro de téléphone des propres à rien qui nous balancent tout ça, enfin j’veux dire. Ils réfléchiraient à deux fois avant d’abandonner leurs détritus, si les détritus en question n’étaient plus anonymes.
Plizounette : oh ! que non. Moi je ne rêve pas, monsieur. Enfin j’veux dire, je ne rêve plus depuis longtemps. Mais lui (elle désigne Dimiltri), lui là, le jeunot, il y croit encore.Pappagallo le Sage (se précipitant sur Dimiltri) : dans mes bras, mon frère. Un homme qui rêve ne peut être qu’un sage. Et vous madame, pourquoi êtes-vous sceptique ? L’idée d’un endroit préservé vous paraît impossible ? Vous ne croyez pas en l’esprit de survie de la race humaine ? Plizounette : on voit monsieur que vous ne ramassez pas les cochonneries de la race humaine. Si vous étiez obligé, comme moi j’veux dire, de vous occuper des ordures de la race humaine ; obligé d’en renifler les effluves désodorantes ; obligé de mettre vos mains dans les détritus que la race humaine répand avec délicatesse, peut-être alors monsieur rêveriez-vous moins. Dimiltri (pour l’excuser) : elle est sentinelle d’immeuble. Elle à l’œil dans les vide-ordures. Elle constate leurs débordements, l’incontinence absolument incontinente des rebuts et des gravats. Hambourgeois l’Obtus : je vous plains, Ô ! comme je vous plains. J’occupais à peu de choses près ce poste… Plizounette (intéressée) : vous étiez gardien d’immeuble ? Hambourgeois l’Obtus : non, non, je travaillais dans une grande chaîne alimentaire. Je confectionnais toute la journée des sandwiches à la vache folle, agrémentés de sauce synthétique et de salade lyophilisée… Plizounette (de nouveau agressive) : ça n’a rien à voir avec mon métier. Enfin j’veux dire, vous n’aviez pas à ramasser tous les immondices que les gens jettent sans vergogne dans leur vide-ordures. Ils balourdent n’importe quoi, vous savez. Et même pas emballé, j’veux dire. Une fois (elle attend un peu pour donner de l’effet à sa déclaration), j’ai trouvé un bébé. Et ouais, je sais, c’est l’histoire qui se raconte partout. Mais moi elle est vraie ! Une mère, complètement hystérique, l’y avait envoyé. Pauvre petit ange, dégringolant dans les épluchures. (elle reprend sa respiration, ménageant son effet) Il a eu beaucoup de chance, je me trouvais là. Enfin j’veux dire, je balayais, comme tous les jours, le palier de l’immeuble. Pour une fois, je n’avais pas branché mon baladeur. Soudain, j’entends pleurer. Sur le coup, je me suis demandé si j’étais pas victime d’incinération. Pis, voilà que ça re-pleure. Alors là, je me dis, Fifi, les immondices ne couinent pas… Ils puent… pour ça oui, mais ils ne couinent pas. Alors, je regarde d’un peu plus près, je farfouille, je démêle, je soulève et je le trouve. Un bébé ! Un bébé, enveloppé dans une feuille de chou. Dans sa chute, il s’était retrouvé dans une feuille de chou, j’veux dire. Un miracle, un véritable miracle… Peut-être dû à la feuille de chou, d’ailleurs… Alors monsieur, après une telle aventure, vos casse-croûte, vous pouvez… Hambourgeois l’Obtus (vexé) : pardon madame, moi aussi, je devais ramasser leurs restes. Tout ce qu’ils abandonnent sur les tables, tout ce qu’ils fourrent dans les poubelles, tout ce qu’ils écrasent dans les coins, et croyez-moi quand il s’agit d’être dégoûtants, ils sont très adroits. Je dirais même, ils sont très inventifs. (coulant un regard à Pappagallo le Sage). Ils n’ont pas d’ampoules autour du cerveau, eux !
Plizounette et Dimiltri (dans un même chœur) : et vous allez où ? Pappagallo le Sage et Hambourgeois l’Obtus (dans un même chœur) : mais nous cherchons l’idéal domaine. Plizounette (riant à gorge déployée) : l’idéal domaine. L’idéal domaine, quelle idée ! J’en ai déjà entendu pas mal dans ma chienne de vie, mais celle-là elle vaut son pesant de cahouètes. L’idéal domaine. ? Mon mari - paix à son âme - quand il buvait – et Dieu sait s’il buvait – partait pour la Chine (elle les regarde un à un en hochant la tête). Eh ! oui. Ses vapeurs alcoolisées le conduisaient en Chine. Enfin j’veux dire, il descendait le Yang Tsé Kiang. Il le décrivait mieux qu’un livre de géographie alors qu’il n’y avait jamais mis les pieds. La Chine ? le Yang Tsé Kiang ? Tout le monde connaît, j’veux dire, même le plus stupide des ânes bâtés. Mais l’idéal domaine… Chapeau mon petit père. Vous carburez à quoi ? Rouge ? Blanc ? Rosé ? Bière de Mars ?… Non…?… Non…. Non ? ne me dites pas que vous pétrolez à l’eau de Cologne, j’veux dire ? Pappagallo le Sage (se drapant dans sa dignité) : madame je ne vous permets pas. Je ne bois jamais ! L’alcool pollue l’esprit. Hambourgeois l’Obtus : non madame. Ca je peux l’affirmer, il est fêlé, soit, mais il ne boit jamais d’alcool. L’I.D., c’est… c’est… c’est une idée en somme. C’est… Pappagallo le Sage (hochant la tête, navré) : te voilà de nouveau sans mots, sans idée. Fâcheux pour quelqu’un qui veut expliquer l’I.D. L’idéal domaine est une utopie, une vue de l’esprit… Hambourgeois l’Obtus (furieux) : comment ça, une vue de l’esprit. Ne me dites pas que j’ai tout quitté, mon travail, mes amis, mon pays, pour une vue de l’esprit. Pappagallo le Sage : mon pauvre Obtus, comme te voilà contrarié. Tu ne veux pas partir sur une utopie. Quel dommage. Il est pourtant de grandes utopies qui ont changé la face du monde.(soupirant, il se tourne vers ses autres interlocuteurs) L’idéal domaine, voyez-vous, c’est un endroit que je ne désespère pas de trouver. Je crois, profondément, en l’homme. Je sais qu’un jour ou l’autre, il va prendre conscience de son décor, qu’il va…. Dimiltri (très onctueux) : mais ne cherchez plus, l’idéal domanial, c’est ici. Depuis moult années, nous sommes superlativement attentifs à l’environnement. Nous avons mis en place un système parfaitement génial. Des containers, des sacs, des bacs, de différentes couleurs, reçoivent dans leurs habitacles recyclés, différents déchets. Des campagnes informatives. Des sensibilisations sensiblement mises en condition. Une attention de chaque instant, et nous (il se frappe la poitrine). Moi, Dimiltri, l’ambassadeur extraordinaire, l’extraordinaire trieur de chez Maxim’s qui trie sans en avoir l’air… Hambourgeois l’Obtus (regardant autour de lui, peu convaincu, et se moquant) : l’extraordinaire, l’extraordinaire. J’t’en ficherai des extraordinaire. Qu’est-ce qu’il y a d’extraordinaire ici ? Ici, ça ressemble aux Cyclades. Regardez, regardez, ça ne ressemble pas au Paradis.
Pappagallo le Sage : t’ai-je dis une seule fois que nous trouverions le Paradis ? Hambourgeois l’Obtus (cherchant dans sa mémoire) : vous avez dit… vous avez dit… Un pays de cocagne... Un premier matin du monde… Un endroit vierge… (presque au bord des larmes) C’est ce que vous avez dit, non ? Pappagallo le Sage : oui, ce sont les mots que j’ai utilisés. Oui, mais pas le Paradis. Car les chemins du Paradis, comme ceux de l’enfer d’ailleurs, sont pavés de bonnes intentions. Mon utopie à moi reste terre à terre. Dimiltri (de plus en plus emphatique) : alors, c’est ici qu’il faut que vous stoppiez votre équipage. Vous êtes arrivés au bout de votre voyage. Nos chemins ne sont pas pavés de bonnes intentions, mais ils sont émaillés de bacs à déchets performants. Notre tri permet le recyclage du papier, du plastique qui entre ensuite dans la fabrication de produits divers. Regardez-moi (il avance comme un mannequin pour un défilé de mode), ne suis-je pas élégant dans mes vêtements en fibres synthétiques ?. Avec vingt-sept bouteilles, on tricote un pull-over. Le Paradis est là (geste large autour de lui). Il vous ouvre les bras. Plizounette (très moqueuse et chantant, en prenant à témoin le public) : on ira tous au Paradis ; vous et nous ; qu’on soit d’ici, ou de là-bas ; mêm’ moi ;les malappris ; les gros casseurs ; tous les sagouins et les bandits ; ils iront tous au Paradis mais oui, messieurs, mais oui, mesdames. Ici, nous sommes au Paradis. Enfin j’veux dire, entrez, entrez, et vous verrez, la face cachée du Paradis. Celle qui se planque au fond des poubelles. Celle qu’on n’expose à personne. Celle qui nous fiche la honte. Celle qui… Dimiltri (la faisant taire) : ne soyez donc pas si méprisante. Vous négativisez à plaisir, mais au fond, vous ne pensez pas toutes les sottises que vous proférez. Vous savez bien que l’action se met en place peu à peu. Vous savez bien que la collecte sélective et le recyclage, s’installent. Et que petit à petit les habitants jouent le jeu, s’impliquent… Plizounette (ricanant) : laissez moi rire. Ils jouent le jeu. Oh ! pour ça oui, ils jouent le jeu. Comme un jeu où on ne gagne rien. Un jeu qui coûte des sous, mais qui ne rapporte pas, j’veux dire. Ils jouent le jeu.. Alors pourquoi passez-vous avant la benne à ordures, pour vérifier le contenu des containers ? Dimiltri (avec une certaine lassitude) : mais combien de fois faudra-t-il vous expliquer ? Combien d’arguments faudra-t-il déployer pour vous ? Vous êtes un véritable microcosme d’âneries à vous toute seule. (il soupire) Je reprends mes explications : pour l’instant le tri sélectif n’est pas complètement ancré dans les mœurs. Il faut sans cesse effectuer des piqûres de rappel. Contrôler, inspecter, s’assurer que dans chacun des bacs les bons déchets sont déposés. Allons-y, madame Plizounette, que met-on dans les bacs jaunes ?
Les deux compères prennent des notes
Plizounette (qui montre en même temps les bons déchets, les bons bacs et qui parle très rapidement, comme une leçon apprise par coeur) : bacs jaunes, briques alimentaires, boites en métal, bouteilles en plastique. Dimiltri : bien, allons-y… Papagallo et Hambourgeois (dans un même chœur) : briques alimentaires, boites en métal, bouteilles en plastique, bacs jaunes. Dimiltri : et dans les bacs bleus ? Plizounette : papier, carton, journaux ! Papagallo et Hambourgeois (toujours en chœur) : papier, carton, journaux, bacs bleus. Dimiltri : très bien. Donc… Papagallo (se dirigeant sur Dilmitri le crayon accusateur) : hep… hep… hep… et les rarérosols. Qu’est-ce que vous en faites des rarérosols ? Dimiltri (vexé) : les rarérosols ? Mais je l’ai dit… Papagallo : non, non, non, vous ne l’avez pas dit… Dimiltri : mais si, mais si, je l’ai dit… Papagallo (prenant à témoin les deux autres qui acquiescent) : non, non, non vous ne l’avez pas dit ! Dimiltri : bon, bon, les rarérosols dans les bacs jaunes… Papagallo (satisfait) : bien, mais il faut le dire. Dimiltri : les bouteilles, bocaux et pots, que fait-on des verres en général ? Plizounette (toujours très rapidement) : ils doivent être déposés dans des containers spéciaux, spécialement prévus à cet effet. Ouf ! Dimiltri : bravo. Et refuser systématiquement et sans complexe, en y apposant un autocollant d’explications, les bacs qui n’offrent pas toute garantie. Plizounette (moqueuse) : au fond vous êtes une espèce d’inspecteur à ordures. Vous fliquez le résidu. Enfin j’veux dire, vous guettez le détritus. A quand le carnet de P.V. pour sacs à déchets mal ficelés ? Dimiltri (qui commence à perdre patience) : vous n’êtes pas polycéphale ma chère ! Il faut éclairer votre lanterne souvent. Le contrôle de qualité n’est pas répressif. Les utilisateurs commettent des erreurs, à nous de leur apporter aide, motivation et ingéniosité. Vous verrez, vous verrez, dans quelques années ce tri sera un réflexe réfléchi. D’ailleurs, nous allons dans les écoles. Les enfants n’ont pas votre incrédulité et ils sont sensibles à la nature. Ils sont les trieurs de demain. Le Paradis n’est peut-être pas pour aujourd’hui, mais on s’en approche. (il regarde Plizounette d’un air suspicieux) Et puis, n’est-ce pas vous qui souhaitiez voir s’inscrire le nom, l’adresse et le numéro de téléphone des propres à rien qui jettent n’importe quoi dans vos vide-ordures ? Le flic n’est peut-être pas celui qu’on croit. Plizounette (baissant la tête et s’éloignant en chantant) : triez, triez, tous les déchets, les pots d’yaourts et les cartons ; dans les bons bacs bien vérifier qu’vous les jetez ; jetez, jetez, tous vos déchets, avec amour et sans regret, qu’on soit enfin débarrassé de son discours
Pappagallo le Sage : tu m’as presque convaincu. Dimiltri : mais oui, mais oui, restez ici. Demeurez en ces lieux. Notre domaine n’est pas idéal, mais il en prend le chemin. Je vous assure. A nous deux… (il remarque Hambourgeois, très mécontent qui se moque de lui) … enfin, je veux dire, à nous trois, le monde nous appartient. Hambourgeois l’Obtus (très véhément) : ah ! non, ah ! non. Je n’ai pas quitté les Cyclades pour atterrir ici. Tout ce chemin, porter vos bagages, écouter vos élucubrations, vous réveiller le matin, manquer se faire assommer par un Crédule, des ampoules aux pieds, pour terminer dans un domaine pas idéal du tout. Ah ! non ! Ce n’est pas ce dont j’ai rêvé. Ce n’est pas ce que vous m’avez promis. Pappagallo le Sage : du calme, du calme, l’Obtus, du calme. Je n’ai pas l’intention de me fixer ici. Ne te laisse donc pas aveugler par les apparences (se tournant vers Dimiltri) et vous mon jeune ami, ne pensez pas que votre action me laisse indifférent. Vous m’êtes très sympathiques, vous et madame Plizounette que j’aimerais ramener à la raison. Ce n’est pas parce que son mari buvait, et qu’il ne l’a jamais emmenée en Chine avec lui, qu’elle doit en vouloir à l’humanité entière. Mais, comme vous l’indique mon compagnon, je n’échangerai pas les Cyclades contre un substitut d’I.D. Je suis désolé. Dimiltri (visiblement déçu, mais toujours grandiloquent) : dommage, ensemble nous aurions fondé un nouveau monde. Nous aurions tricoté une société vierge. Nous aurions inauguré une ère nouvelle, pure, exempte de défauts. Tant pis pour moi. Tant pis pour nous. Tant pis pour eux. Allez, bonne route et… bon vent.
Dimiltri s’éloigne, très déçu. Tandis que Pappagallo et Hambourgeois continuent leur route.
Toujours la musique tonitruante - Noir plateau - Fin de l’acte III
Contenu du 11-02-2008 Du hard ou du cochon Second tableau de cette histoire tragico-comique au pays des ordures..... Cyclades et Recyclades, tragédie loufoque
Hambourgeois l’Obtus (posant ses paquets, prêt à en découdre) : qu’est-ce que tu as, toi ? Tu nous cherches ? T’es qui d’abord ? (Il s’apprête à descendre dans la salle) Pappagallo le Sage (le retenant) : voyons, voyons, messieurs, un peu de calme. Ne perdons pas notre savoir-vivre. (s’adressant à Crédule) Qui êtes-vous jeune homme ? Et de quel droit intervenez-vous ? Crédule (chantant) : mes parents m’appellent Crédule, mais je ne comprends pas pourquoi, pourquoi…. (reprenant normalement) Et vous, c’est comment vot’ nom ? Pappagallo le Sage (avec un geste large) : je ne vous répondrai pas que mon nom est personne. Ca ne vous ferait pas rire, je suppose ? (attendant quelques secondes) Bon, ça ne vous fait pas rire. Tant pis. Je me nomme Pappagallo, et je viens des Cyclades où mes concitoyens m’ont donné le surnom de Sage, car je siégeais à la tribune et mes paroles étaient, paraît-il, d’une grande sagesse. Crédule (désignant Hambourgeois) : et celui-là, c’est qui ? Et c’est où les Cyclades ? Hambourgeois l’Obtus (toujours prêt à se battre) : mais dis donc toi, tu commences à me les briser menu. Je ne suis pas « celui-là ». Tu veux que je t’apprenne qui je suis ? Pappagallo le Sage : ta...ta…ta.. mon jeune ami. Ce garçon est sympathique. (s’adressant à Crédule). Mon camarade s’appelle Hambourgeois. Aux Cyclades on le désignait sous le sobriquet d’Obtus, parce qu’il est un peu têtu. Mais c’est un brave petit. Quant aux Cyclades…. ah ! les Cyclades… les Cyclades… (il s’arrête, rêveur) Long silence Crédule (toussotant et les rejoignant dans l’espace scénique) : oui… les Cyclades… ? Pappagallo le Sage (revenant sur terre) : si tu avais connu les Cyclades… les Cyclades… C’est un trou de verdure où chante une rivière, accrochant follement aux herbes des haillons d’argent ; où le soleil, de la montagne fière, luit. C’est un petit val qui mousse de rayons… Hambourgeois l’Obtus : excusez-moi de vous interrompre, mais là, je crois que vous disjonctez un peu. Mes Cyclades à moi, elles n’étaient pas tout à fait comme ça. D’accord, elles sont situées dans une vallée où coule un ruisseau. Jusque là, je vous suis. Mais des haillons d’argent accrochés aux herbes de la rivière, je n’en ai jamais vus. Par contre, des sacs en plastique, des pots de yaourts vides, des packs de lait éventrés, et d’autres choses que je n’ose pas décrire tellement c’est pas propre, oui, oui, c’est pas ce qui manquait, accrochés le long de la rivière… et les berges, vous ne vous souvenez pas ? Plus personne ne pouvait y accéder tellement les épaves encombraient l’espace. Ils y balançaient de tout. Pappagallo le Sage (mécontent d’avoir été interrompu) : oui, oui, d’accord… d’accord… je me suis laissé emporter par mon imagination ou peut-être par des souvenirs. Les haillons d’argent, c’était autrefois. Tu n’étais pas né. C’était… c’était… avant que les habitants des Cyclades, et peut-être aussi ceux de passage, n’installent à cet endroit une décharge sauvage. Evidemment, à partir de cette époque, et en dépit de mes interventions à la tribune, le paysage est devenu… moins… moins poétique… comme si (il se met à chanter, sur l’air de « je ne t’aime plus, mon amour »)Tu es devenu, mon pays ;Tu es devenu, tout Sali ; Tu es devenu, mon pays ; Tu es devenu, tout pourri (il peut continuer comme ça un moment si nécessaire) Hambourgeois l’Obtus : moins poétique, moins poétique. Carrément exécrasse, vous voulez dire. Crédule (qui en a assez de ces échanges verbaux et se met à éplucher une pomme qu’il sort de sa poche) : et… euh… c’est loin les Cyclades ? Hambourgeois l’Obtus (très vite) : oh ! pour ça oui. Si tu voyais mes pieds. Crédule (qui jette au sol la peau de sa pomme et s’apprête à la manger) : et vous allez… Pappagallo le Sage (se précipitant sur lui) : par Saint Jacques du compost et Sainte Catherine des poubelles, et çà, monsieur le redresseur de torts, monsieur le donneur de leçons. Et ça, c’est quoi ? (il a ramassé la peau de pomme et la lui agite sous le nez) Crédule (qui se débat) : lâchez-moi, vous me faites mal. Cà, c’est… c’est… c’est une peau de pomme. Pappagallo le Sage (le lâchant) : et monsieur, bien sûr, trouve naturel de jeter une peau de pomme n’importe où ? Crédule (haussant les épaules) : en voilà des histoires pour une malheureuse peau de pomme. Si on doit s’arrêter à ça.
Pappagallo le Sage : qu’est-ce que tu racontes à ces braves gens ? Que je suis fou. Que je perds les pédales. Que les ordures me sont montées au ciboulot. Evidemment, évidemment… Mais vous madame, savez-vous combien de piles sont mises en vente dans ce pays, et donc à un moment ou à un autre sont destinées à finir dans les bornes à piles ? Allez-y madame, donnez un chiffre ? Un million ? Madame a lancé un million. Qui dit mieux ? J’ai un million, à droite. Un million, un million. Nous avons un million. Qui dit mieux ? Deux millions. Deux millions. J’ai deux millions au fond. J’attends les enchères. J’attends. Deux millions, deux millions, nous avons dit deux millions. Plus ? Moins ? (il frappe un grand coup dans ses mains) Adjugé, pour sept cent cinquante millions de piles et accumulateurs distribués chaque année. Pappagallo le Sage (allant vers l’autre côté des spectateurs) : Et vous en faites quoi, vous monsieur, de vos piles usagées ? Oui, vous monsieur ? (improvisation selon la réponse) Hambourgeois l’Obtus (se prenant également au jeu, remontant dans l’espace scénique pour interpeller Crédule) : et toi, hein, le petit malin est-ce que tu sais pourquoi les huiles de vidange sont dangereuses pour la santé et l’environnement ? Crédule (fourrant le reste de la pomme dans sa bouche à toute vitesse) : broua…broua…broua… Hambourgeois l’Obtus : tu n’en sais rien. J’en étais sûr, j’en étais sûr. (il lui fiche des claques, puis s’adresse au public) Et vous, messieurs-dames, vous savez pourquoi ? (petit moment d’attente) Parce que les huiles de vidange contiennent de nombreux éléments toxiques. Ces éléments toxiques sont susceptibles de contaminer l’environnement. Peu biodégradable et d’une densité plus faible que l’eau, un litre, déversé dans une rivière, couvre une surface de mille mètres carrés. Mille mètres carrés ! La faune et la flore s’asphyxient, périssent et vous restez comme un couillon avec un plan d’eau mort. (il frappe à nouveau sur la tête de Crédule) Tu as compris tête de Maure (très fier, il se tourne vers Pappagallo qui remonte sur scène) Pappagallo le Sage : et toi, Crédule, tu t’en débarrasses comment de tes huiles de vidange ? Explique un peu, tête de linotte. Le cher public attend. Tu étais plus fier, tout à l’heure quand tu le haranguais, l’invitant à se faire rembourser ou à nous jeter hors de ce plateau. J’attends ta réponse. Tu en fais quoi de tes huiles de vidange ? Crédule (se protégeant la tête) : je ne sais pas. Je ne sais pas. Je ne sais pas. Pappagallo le Sage (scandant bien chaque mot) : tu les rapportes aux points de collecte. Il y en a partout. Ainsi tu préserves l’environnement. Modestement, c’est vrai, mais il n’y a pas de petites sauvegardes. Tout est important. Tu as compris, tête à claques.(il le baffe) Crédule (qui ne sait plus comment s’en sortir) : j’ai compris. J’ai compris. J’ai compris. J’vous promets m’sieur, je le ferai plus. Hambourgeois l’Obtus : et n’oublie pas, jamais mélanger les huiles de vidange à d’autres produits, jamais. Comme ça, les entreprises spécialisées peuvent les reconditionner. Elles servent de combustibles dans les installations industrielles. Ou bien encore, une fois raffinées, elles sont utilisées dans des lubrifiants… Une voix exécrable éclate dans les coulisses : Crédule… Crédule… où es-tu encore passé garnement ?Crédule (s’échappant très vite) : c’est ma mère. C’est ma mère. C’est mon environnement quotidien. Elle n’est pas commode vous savez. Elle va encore me passer un savon. Elle est pire que toutes les huiles de vidange du monde et elle n’est absolument pas biodégradable… Allez, salut… et bonne route… (il file très rapidement) Les compères reprennent leur routePappagallo le Sage : finalement j’ai bien fait de te débaucher. Tu es mieux ici sur la route qu’à fabriquer des sandwiches à la vache folle. Hambourgeois l’Obtus : j’en avais ras le bol. Le ketchup et la mayonnaise surtout. Partout, partout, du gras. Rien qu’à y penser j’ai l’estomac qui danse. Pappagallo le Sage : ça va te changer de tes pieds. Musique tonitruante. Noir plateau. Fin de l’acte II
Contenu du 13-01-2008 Du hard ou du cochon Le mois dernier, je vous ai présenté les extravagants personnages de cette tragédie loufoque. Tragédie qui nous emmène au pays des ordures, des détritus, des immondices. Tragédie qui se veut morale, mais drôle (est-ce compatible ?) Cyclades et recyclades, tragédie loufoque Musique métal tonitruante. Hambourgeois l’Obtus (d’une voix geignarde) : on va pas bientôt s’arrêter de marcher ?
Hambourgeois l’Obtus (stupéfait) : atmosphère ? Atmosphère ? Bein, vous n’avez pas une tête d’atmosphère. Vous avez une tête… vous avez… euh…. Vous avez…. Pappagallo le Sage : te voilà bien embarrassé. Ton vocabulaire ne suit pas. Ton lexique est en rade. Tu es un de ces jeunes morveux d’aujourd’hui qu’aimerait bien avoir l’air, mais qu’as pas l’air du tout. Tu t’emballes, tu t’enflammes, mais dès qu’il s’agit de t’exprimer, tu bafouilles, tu cherches, tu te liquéfies. A mon avis, les ampoules ne sont pas que dans tes bottes. Il t’en pousse probablement aussi autour du cerveau. Ca t’empêche de penser. Ah ! je n’ai pas une tête d’atmosphère. Je n’ai pas une tête d’atmosphère. (il se met à chanter) quoi ma tête, qu’est-ce qu’elle a ma tête ?elle ne te r’vient pas ? Tu pourrais m’apostropher en d’autres termes si, bien évidemment tu étais doté de quelque imagination. Tu aurais pu dire, par exemple, que j’ai une tête aussi dure que le bois dont on fait les bancs d’église. Ou bien que ma tête à claques te donne envie de la baffer. Que ma tête de citrouille te fiche la trouille. Ou même qu’à la pioche je n’ai pas été gâté par la nature. Que sais-je, il y a tant de têtes de linotte, de têtes de piaf, de têtes de Turc, de têtes de train, de têtes de pont, de têtes à queue, et même de têtes de lard… L’autre reste bouche-bée. Il n’a pas compris. Pappagallo le Sage (soupirant) : mais bien sûr pour cela, il faudrait que tu aies un peu plus de plomb dans la… tête. Et probablement moins mal aux pieds. (Il s’assied) Je vois ce que c’est : monsieur rêve de grands espaces, monsieur déserte la civilisation perturbée, mais monsieur ne peut parcourir cinquante kilomètres, avec pour seul moyen de locomotion ses pieds. Monsieur est fragile des pieds ! Hambourgeois l’Obtus (il s’assied également et retire ses bottes) : je ne suis pas fragile des pieds. J’ai la voûte plantaire sensible, nuance ! On marche depuis des jours et des jours, sans arrêt, sans même savoir où on va. (silence, il se malaxe les pieds en grimaçant) On va où d’ailleurs ? Pappagallo le Sage : je n’en sais rien. Là où nos pieds nous porteront. Hambourgeois l’Obtus : bein ! avec de pareilles ampoules, les miens ne me porteront pas loin. Pappagallo le Sage : tu es trop attentif à des détails sans importance. Marche avec ta tête, pas avec tes pieds. Fais fi des contingences physiques. Un homme a marché sur l’eau. Il y a très longtemps. Tu crois qu’il a effectué ce miracle avec ses pieds ? Hein ? Hambourgeois l’Obtus (l’œil arrondi) : bein, avec quoi ? Pappagallo le Sage (tapant à petits coups sur le front de son compagnon) : mais avec l’esprit. Avec l’esprit. L’esprit domine le corps. Hambourgeois l’Obtus : ouais, je veux bien. Mais en attendant, moi, j’ai mal aux pieds. (chantant) J’ai le pied qu’est pas frais La rotule qui ondule Les orteils qui sommeillent Et l’genou qu’est tout mou Ah ! Mon Dieu qu’c’est embêtant D’avoir la vout’sensible Ah ! Mon Dieu qu’c’est embêtant Des panards en coton Et vous voulez qu’avec des handicaps pareils, je marche sur l’eau. Vous êtes optimiste. (regardant autour de lui). Vous avez vu ? Quelle pagaille ! Vous avez bien choisi l’endroit pour vous arrêter. On dirait une décharge publique. Pappagallo le Sage : si tu étais moins concentré sur tes pieds et si tu regardais autour de toi, tu t’apercevrais que depuis notre départ des Cyclades, nous avons traversé des contrées assez encombrées. Des milliers de tonnes de déchets de toutes sortes. Seulement voilà, monsieur surveille ses ampoules et la lumière de celles-ci rend sans doute Monsieur aveugle. Ah ! nous formons un beau couple toi et moi : un sourd moralisateur et un aveugle cul de jatte. Manquerait plus que nous croisions un muet sauteur, le trio serait au complet. Hambourgeois l’Obtus : moquez-vous, moquez-vous. Si j’aurais su, j’aurais pas venu. Pappagallo le Sage : non, non, non, mon jeune ami, non, cette réplique-là on s’en est déjà servi. Trouve autre chose. Hambourgeois l’Obtus (l’air encore plus ahuri) : qu’est-ce que j’ai encore dit ? Parfois je ne comprends rien à ce que vous marmonnez. Vous êtes obscur comme un oracle. Quand je pense que je vous ai suivi parce que j’avais l’impression que vous racontiez des vérités… Pappagallo le Sage : mais je raconte des vérités. Je ne te mens pas. Quand je dis que nos semblables sont en train de bousiller la planète, n’est ce pas la vérité ? Quand je parle du trou dans la couche d’ozone qui, au fil des jours, prend des allures de gouffre, n’est ce pas la vérité ? Quand je prétends que nous allons périr, étouffés par nos déchets, n’est ce pas la vérité ? La preuve : lorgne autour de toi. Lève les yeux, inspecte autre chose que tes pieds. Que vois-tu ? (il a pris la tête d’Hambourgeois d’une main, la tient levée et d’un geste large de l’autre bras, il balaye le paysage). Tu le constates, partout, des ordures, des détritus, des immondices. Le monde est devenu un vaste dépotoir débordant de partout. Et ça ne te choque pas ? Ca ne te donne pas envie de t’enfuir ? De déguerpir au galop ? Hambourgeois l’Obtus (remettant ses bottes) : oui, oui, d’accord. J’suis d’accord avec vous. Cent fois, mille fois. Mais pour aller où ? Vous ne croyez pas que partout, c’est pareil ? Ici ? Là ? Aux Cyclades ou aux Recyclades ? Pappagallo le Sage : j’aime à croire que non. Et que par delà les plaines et les montagnes nous découvrirons l’idéal domaine. Un endroit ressemblant aux premiers pas sur terre. Un endroit encore vierge. Un endroit dans lequel des hommes, un peu moins fous que ceux des Cyclades, auront préservé l’environnement. Hambourgeois l’Obtus (perplexe) : vous croyez vraiment qu’il existe cet I.D. ? Pappagallo le Sage (se levant et reprenant sa marche) : tais-toi et marche.
Contenu du 11-12-2007 Du hard ou du cochon Le feuilleton, commencé l'an dernier, est terminé. Il vous a entraînés à Minusville, cette ville complètement loufdingue et extrapolaire, dans laquelle ses habitants, en bons Globos crétinos, n'ont pas vu venir l'orage. Je me demande si mes élucubrations ne vous ont pas semblé à la limite du branquignolesque. Je vous offre aujourd'hui une autre forme de délire. Une pièce à ordures aux personnages tout aussi loufoques. Accrochez-vous et asseyez-vous confortablement afin de suivre
Pappagallo le Sage : citoyen des Cyclades. Sorte de philosophe, fatigué de constater la course effrénée de la planète vers l’abîme, fatigué de prêcher dans le désert il quitte sa ville, sa contrée, pour partir à la recherche de l’Idéal Domaine.
Hambourgeois l’Obtus : est également citoyen des Cyclades. Il s’est laissé convaincre par le Sage et, las de fabriquer à longueur de journée des sandwiches à la vache folle arrosés de mayonnaise et de ketchup, il est devenu le compagnon d’aventure de Pappagallo le Sage.
Les deux hommes forment un couple disparate qui croisera quelques personnages colorés, acteurs de la destruction annoncée.
Crédule : est l’homme par excellence qui ne croit pas en la destruction d’une planète qui tourne depuis des millénaires sans faillir. Pourquoi donc se priver de vidanger sa voiture, de jeter ses piles alcalines n’importe où ? Il se fait interpeller par les deux compères.
Plizounette : fait le ménage dans les cages d’immeuble. Elle est l’œil des vide-ordures. Elle enregistre les débordements de ses semblables.
Dimiltri : a été choisi pour porter la bonne parole. Il rencontre des difficultés dans l’accomplissement de sa mission. La perplexité est immense face au tri sélectif.
Ozone : la pin-up qui peu à peu sent son rimmel foutre le camp.
Contenu du 14-11-2007 Du hard ou du cochon ouf ! dernier épisode de cette histoire absolument esbrouffante et pimponante
Le bon peuple réclamait des jeux, du pain, des mèregays, du cisson, des olives, des cahouètes, de la ribouldinguerie, des femelles en chaleur, des pétarades, des tringlodrômes, du baujolpif, de la rimonade, du bonmarché, des bradements, des youplaboums. Bourses Molles décida de lui donner satisfaction. Il fut donc ordonné d’augurationner avec pompe le Grand Quaternaire remis à flot, le glandouilleur à cagnats, la sacrenceinte enfin restaurée, et deux ou trois requalifications futuroscopes. Zim Bouboum et Alibora Paimpon, préposés aux bouffonneries, s’attelèrent au protocole. Ils invitèrent l’Envoyé de Palpatine - Empereur du Côté Obscur - les Politocarts d’Ecnarf, les Zimportants de l’Etronie Orientale, les pignolos virils et sibyllaires, les nimportequois de Minusville, les boisensoifs de chaque quartier, les Apostiches, les Frotineux, les Frotinettes, les femmes et les enfants d’alors. Ainsi que Hihan l’incontournable invité de toutes les ripailleries, aussi cravaté que niaiseux. Et, afin d’amuser le populos, des joueurs de bignoles, des chanteurs de rockamadour, des danseurs de claquinettes, des cracheurs de flamenco, des pisseurs en l’air, des artistes avariés, des souffleurs de quatrains, des poètes à quat’sous, des grilleurs de mèregays, des barbapapas, des crieurs sur les tois et mois, des effrayeurs de moutardes, des diseurs de sales aventures, des casseurs de noisettes, des barbouilleurs de minettes, des grimauds grimaçants, des encuiseurs de boudin, des tarabiscons de toute sorte. Durant deux semaines les peinturlureurs peinturlurèrent les ruelles, les cireuses cirèrent les feuilles des arbres, les ramoneurs ramonèrent les chemisiers, les camoufleurs camouflèrent la misère, les jardinieux plantèrent des caoutchoucs fleuris partout, les raccommodeuses raccommodèrent les accrocs des devantures, les pavillonneurs pavèrent les avenues de bonnes intentions, les laveuses lavèrent à grande eau les statues, les lampadaires, les bancs, les bacs, les tracs, les tricks, les trocs, les troucs qui furent également rebouchés. Les sans-abris furent ramenés à la frontelière, les sans-culottes reçurent un paquetage, on invita les sans-le-sou à emprunter à la banque, et les sans piternelle durent faire avec. Des avions mirageux sillonnèrent le ciel et lâchèrent des mégatonnes de pâte choulie au-dessus de la ville. L’effrayentissime odeur disparut pour un temps. Ca poquait very well. Minusville étincelait. Le Big Bazar pouvait commencer. Brandissant des drapinaux qui leur avaient été distribués la veille, les braves Globos se massèrent de part et d’autre du cortège. Ils avaient sorti leurs zabits du dimanche afin de faire zonneur à leurs suprêmeux. A l’arrivée du cortège, ils s’égosillèrent à qui peut mieux.
L’Envoyé de l’Empereur du Côté Obscur marchait devant, devisant avec Salustre Vador-Titanic et les Politocarts d’Ecnarf, ainsi que les Zimportants de l’Etronie Orientale en compagnie de Hihan qui ne voulait pas rester à la traînerie. Derrière, se bousculant pour se trouver dans le champ des tireurs de portait, venait l’aéroplasma. Les nimportequois voulaient également figurer en bonne place. Les pignolos virils et sibyllaires, habitués à jouer des coudes, ne se laissaient pas impressionner. S’ensuivit une hénaurme bagarre qui clairsema un peu les rangs. Une escortation de motobylettes à vapeur pétaradait au son du Klaxon. Dans le ciel limpide, pavoisé d’azur, les nuages jouaient gentillement à saute-mouton. Les tonnelles regorgeaient de vin blanc. A chaque coin de ruelle, l’Envoyé de l’Empereur du Côté Obscur, Bourses Molles, les Politocarts, les Zimportants, lancés dans un concours de mots, assommaient la populace dans des discours sans fond, sans frein et sans fin. Hihan prenait l’air intéressé et riait même parfois. Les suprêmeux frondeurs papotaient entre-eux en s’éventant avec des feuilles de palmier en celluloïd vert. Des petits escholiers, grimpés sur des escabelles, chantèrent « Y’a d’la joie » que chaque invité reprit en choeur. A la fin du parcours, les membres triés sur la voilette, eurent droit à une collation. Le reste des spectateurs eut droit de les regarder se goinfrer. Le coeur de Minusville - du haut comme du bas - battait au rythme des plonplons. Le tantôt, alors que les boisensoifs stationnaient devant leur verre de vinasse, l’Envoyé de l’Empereur du Côté Obscur qui avait mal aux arpions, Salustre Vador-Titanic guilleret, les Politocarts d’Ecnarf sommeillants, les Zimportants de l’Etronie Orientale qui comptaient les brebis, Hihan souriant de toutes ses fausses boquottes, les nimportequois restants, Alibora Paimpon sur les genoux, Incitatus Pampan la mine réjouie, Fifi Zéphiros pressé, Loulou Rantanplan toujours maître de la situation, Riri Ossemane sautillant, les Apostiches requinqués, les Frotineux et les Frotinettes choisis, les pignolos virils et sibyllaires raides comme des justaucorps, les Globos curieux et Zim Boumboum en maître de cérémonie obséquieux, défilèrent devant la sacrenceinte restaurée, s’extasièrent face au glandouilleur à cagnats, et s’installèrent à bord de la goélette remise à flot.
Une puanterie sourde s’élevait lentement, s’enflait avec vigueur, gonflait, prenait des dimensions homéresques. Un souffle démoniacos balaya le rivage, élevant jusqu’à l’horizon d’énormes tourbillons de cornerie grise. Les Globos affolés, couraient en tous sens et en sens inverse des aiguilles d’une montre. Mais comme les acteurs, qui s’étaient enfin rendu compte de l’effroyable situation, galopaient dans le sens des aiguilles de la montre en question, un boxon indescriptible embrouilla les cartes. Il y eu soudain comme une aspiration profonde. Enervotté, Pincemie poussa Pincemoi qui tomba à l’eau. La surface de la mare créatine plissa sous le choc, tandis que Pincemie bouleversé se les mordait. Dans un fracas fracturant, la goélette s’enfonça dans l’eau livâtre, d’abord doucement, puis de plus en plus rapidement. Le petit bout de la mature disparut en dernier dans un large remous putraçant. Le flot prit une importance extraordinaire et une vague cyclopéenne déferla sur la ville engloutissant d’un coup tous les quartiers de la ville, ceux du haut, comme ceux du bas. En moins de temps qu’il ne faut pour le scribouiller, Minusville fut rayée de la cartomancie. SOMNAMBULE Aux dernières nouvelles un radeau médusé aurait été aperçu aux confins d’Ecnarf. Des individus bizarroïdes agitaient des chiffonnades. Palpatine, l’Empereur du Côté Obscur, ainsi que les dirigeables des quatre planètes, ont pris la résolution d’envoyer des margoulins géants à l’assaut des rescapés. Ils n’en feront qu’une bouchée. Trop tard pour les Globos. Ils n’avaient qu’à se réveiller avant. et ils ne vont pas nous jouer « Le Retour du Jeudi » FIN
Contenu du 15-10-2007 Du Hard ou du Cochon Les aventures rocamalourdes des Globos, ces putrassants habitants de Minusville... (ça tire à sa fin, ouf !)
En haut, le clafoutus fut découpé entre Naf-Naf, le porcelet soporifique sans prétention, pas dangereux pour deux sous, utilisable par n’importe quel temps, et jetable aux moindres intempéries ; Bill Boquet le boxaflore paysagiste à la grande goule ; Malaquit et Grandgousier un tandem bien rôdé ayant le sens de la litote et qui, depuis de nombreuses années, sévissait sur l’Etronie Orientale en passant la brossareluir sur les godillots à clous, à cracks, à claies, à clans, à clics et à claques. Ils se servirent copieusement. S’invitèrent au festin un Mirliflore humanisant qui ne voulait pas en perdre une miette, une espèce de gourou musclé Pudupull aseptisé, ainsi que les bovos de service Récho et Frigo qui adoraient faire leur numéro de duettistes carnavaleux, Cardwell la femme de coeur aux mille facettes, Rubafix le collant scotchiste, Bigue Oudit la lustrinante sympathique, le Gnome Fêlé à l’imper flottant, Youp Lala aux talonnettes dorées et quelques potinières embriochées qui passaient par là. En bas, le partage fut corneilliant car pour faire bonne mesure, le Minusville d’au delà du marécage s’était vu classé Z.N.A.L.[1] On pouvait impunément tout y pratiquer, depuis le brûlage de steppes jusqu’au découpage de pucelle et les quémandeurs étaient si gourmeux, si tartreux, si foireux, si scléreux, si fumeux, si nombreux qu’ils n’eurent qu’un mince morcelet de tarte ignole et ils se disputèrent afin de chiper la part du voisin. Sous le souffle démoniacos de Salustre Vador-Titanic et de son écurielle nickelée, la goélette coincée dans les herbages tenta de re-déployer sa voilure.... Mais au fait, je ne vous ai jamais parlé de la goélette ? Je suis impardonnable. J’arriverai au mot « fin » en oubliant des tas d’anecdotes importantes. Excusez-moi du peu, et laissez-moi vous conter l’historial de la goélette afin de me faire absouder.
Les Globos du bas, émus, agitaient leur niqueux niqués et l’Entre-Messe de l’époque fit un petit tour (et puis s’en vint) sur le marécage méphitique. Entre parenthèses (C’est au cours de ce court voyage que Nike Tamair du bas engrossa la fille des Capu Laids du haut. Les deux enfant s’étaient aimés à la sauvette derrière un tonneau de harengs pommes à l’huile qui traînait là. Allez savoir pourquoi. Les parents offusqués refusèrent l’union et les jeunes amants de Vérole, enchagrinés, se noyèrent dans la nappe créatine L’histoire fit scandale et les Globos du haut décidèrent, désormais, de ne franchir le marécage sous aucun prétexte.) A la troisième traversée, Pincemie et Pincemoi, les dirigeables de la goélette, l’échouèrent dans les roseaux. Personne ne sut jamais ce qui s’était passé. Le Grand Quaternaire demeura abandonné de tous, oublié, perdu sur la mare putréfiante. La coque en fibroscope s’effilocha au fil des années, la mature, ture, ture, fut volée pour fabriquer des battes de baise à balle afin de casser du keuf, les voiles devinrent des rideaux de latrines, les zublots perdirent leur brillantine, et le pont da vignon prit une teinte merdoisante comme le marécage. Ayant aperçu la goélette fantôme lors d’une tournée d’à propos, vint à Salustre Vador-Titanic la saugrenesque idée de vouloir la retaper. Il mit au boulot tous les desperados du coin afin qu’ils asticounent, qu’ils peinturlurent, qu’ils vissent, qu’ils plantent, qu’ils grattent, qu’ils frotillent, qu’ils accastillent. Le fringant navire retrouva son air conquistador. Pincemie et Pincemoi retrouvèrent leur superbe d’antan.
[1] Zone Naturelle d’Attractions sans Limite [2] Paysage Autrement Fol
Contenu du 19-09-2007 Du hard ou du cochon la suite des aventures des Globos, ceux-là même qui ont le cervelet rétréci
S’installa en haut du miradage Incitatus Pampan, sympatyran individu chargé plus particulièrement de jouer les matons et de reprendre de la main gauche et avec amabilité ce qu’Alibora Paimpon offrait de la main droite, avec parcimonie. Le duo Paimpon-Pampan ainsi constitué fonctionna plein gaz. Les malembouchés augmentèrent rapidement. Puis arrivèrent de nombreux artificiers, naufrageurs expérimentés nommés en louzdoque aux points névralgeux : Fifi Zéphiros pour souffler sur les Globos du bas, Loulou Rantanplan pour jeter de l’huile sur les fumerolles, Riri Ossemane pour déglinguer les monuments hystériques du haut, ainsi que Zim Boumboum pour diriger l’orchestre de la dernière kermesse. Inféodants soldats au garde à clous, ils ne risquaient pas de contrarier le complotement, trop contents d’inscrire leur nom sur les tablettes de la célébrité. Les quatre cabaleros de l’Ultime Jugement, terminators sans remords, pouvaient alors sévir sans contrainte.
Ce kobold anthropoïde se baladait sur un dragon crachant le feu et balançait de ci, de là, un mélange savant de poudre d’échite qui rend fou amoureux, de féripendamus broyé qui excite la bile, et d’anarchique en fumée qui embrouille tout. Doucement mais sûrement les Globos devinrent un peu plus frappadingues. Un vent de débauche, de fainéantise, et de jemenfoutisme enflait sur la bourgade tandis que le | |||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||