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    Belle-forêt-sur-Marne  
                                            
     

J’habite une ville qui, déjà au XVIè siècle, faisait dire aux observateurs qu’elle n’a aucun style et qu’elle est fort laide. Or, cette ville c’est chez moi et, en dépit de mon désir jamais satisfait de la quitter un jour, j’y suis (j’ajouterais presque … et j’y reste !) C’est là que j’y ai mes amis ; c’est là que j’ai construit ma vie ; sans doute, est-ce là aussi que je la terminerai (si toutefois, le petit cochon ne me mange pas)

Mais je ne suis pas aveugle, j’ai même un tas de clichés qui hélas donne raison aux ambassadeurs étrangers du XVIè siècle. Pire même, on dirait que depuis le siège de 1544 chaque décideur, au fil du temps n’a fait qu’accentuer ce manque de style. On a construit anarchiquement ; on a détruit en dépit du bon sens ; on a mélangé des modèles incertains et le résultat donne un ensemble curieux à la limite du supportable. Comme si, jamais – Ô grand jamais - aucun urbaniste un peu talentueux ne s’était penché sur l’harmonie de ma ville.

A la suite de ces transformations désordonnées, aujourd’hui, voyez-vous, je ne reconnais plus ma ville, je ne reconnais plus mon quartier (il en reste si peu de choses). Tout a été rasé. On y a construit de bizarres immeubles en cercle qui n’ont jamais été terminés (ceux là par contre avaient été dessinés par un urbaniste talentueux) ; des HLM améliorées  font grise mine à la place des marronniers ; les jardinets aux parfums de printemps ont disparu ; de bizarres constructions importées d’une station de ski étalent leurs toits rouges…. Reste, plantée au milieu de la cacophonie d’un rond-point, mon église qui peu à peu s’écroule. Ô elle est très jolie le soir venu, avec ses vitraux éclairés, mais elle semble si abandonnée.

Les remparts sont tombés ; les lavoirs se sont écroulés ; il ne reste rien de notre passé.

             
                     
             

Et puis il y a cette ville neuve qu’on a fait pousser au milieu de nulle part – un peu comme une ville au champ, ou plutôt au bois - et qu’aujourd’hui on abat petit à petit, car ces grandes barres d’immeubles ne font plus l’unanimité. Il y a aussi, depuis ces dernières années, des édifices fort laids qui poussent comme des champignons à la place de bâtisses anciennes, à l’instar de la piscine qui aurait fait un si joli espace dédié aux expositions ou ce truc abominable et bétonné qui remplace le centre culturel de la Noue.

Bientôt, paraît-il, nous aurons une lagune au centre ville, un machin partant du canal qui traverse la ville et dont l’utilité me paraît, à ce jour, complètement utopique. Nous ne sommes pas à Venise ? Ni à Bruges ? Alors pourquoi cette idée saugrenue qui va coûter beaucoup d’argent ? En attendant la réalisation de cette aberration,  de nouveau, d’immenses espaces sont voués aux démolisseurs et j’ai peine à voir ma ville, mon quartier, défiguré, hideux, sans cesse en chamboulement.

     
                                                
     

 

 

 

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